Chpt de Belgique : le bonheur de Boonen…et de Gilbert
Posté par Gregorio le 28 juin 2009 dans Entretiens • Pas de commentairesLes spots s’éteignent sur Aywaille. Au terme d’une guerre attendue entre Silence et Quick Step, la seconde équipe est sortie vainqueur avec un Tom Boonen insatiable dans le final. Ce dernier se révélait souriant tout comme son dauphin, Philippe Gilbert, pas déçu de ce nouveau podium sur un championnat de Belgique.
Propos recueillis par Grégory Ienco à Aywaille.
Tom Boonen peut enfin souffler. Ce titre de champion de Belgique qu’il souhaitant tant, il l’a finalement obtenu au terme d’une course âpre sur un parcours qu’il considérait pourtant comme trop difficile au vu de sa longueur. « Il aurait fallu deux tours de moins », osait-il confier au départ de l’épreuve. Finalement, le succès est arrivé au bout des 235 kilomètres prévus. « C’est vraiment une victoire fantastique. Je suis très fier de porter le maillot de champion de Belgique », clamait-il au final. Malgré tout, ce succès n’a pas été aisé. « Lors de la première attaque de Monfort et de Gilbert, on était tous les trois au maximum sur le grand plateau. C’était une sorte de test, difficile pour tous les trois. Je n’avais pas l’objectif de porter une attaque dans le dernier tour avec Gilbert, je ne pense pas que c’était possible. Il y avait toujours l’un ou l’autre équipier pour venir nous chercher. Et puis, je pouvais prétendre au sprint ».
Evidemment… Désormais, le coureur de la Quick Step peut véritablement prétendre au statut de n°1 belge. Boonen reste tout de même prudent. « Me voir sur le podium avec Gilbert, c’est sûr que c’est plaisant mais il ne faut pas oublier que c’est une course d’un jour, comme le championnat du monde. Ce n’est pas parce que tu portes le maillot de champion du monde que tu es le meilleur cycliste. Je pense juste qu’on est les deux coureurs belges capable de gagner une course sur une telle distance. Mais il y a aussi de jeunes coureurs qui émergent comme Goddaert, Monfort… » Attention donc à eux dans le futur.
Du côté de Philippe Gilbert, la déception n’était pas présente. Certes, le coureur wallon, grand favori du championnat national, a loupé le coche devant son public mais il sait qu’il a été battu par plus fort et il reste optimiste quant à son avenir. « Je ne peux pas être déçu car selon moi, j’ai fait la course parfaite. J’ai peut-être fait une faute en attaquant si tôt mais je suis battu par plus fort que moi, Boonen, qui est quand même l’un des meilleurs sprinters au monde« , confirmait Gilbert. « Beaucoup de coureurs étaient dans le rouge après ma première attaque et je voulais vraiment les tester. Je me suis dit que je pouvais rentrer sur le groupe de tête, comme cela, j’aurais eu quatre équipiers. Finalement, ça n’a pas fonctionné… »
Quand on rappelle à Gilbert qu’il avait déjà dû se placer deux fois sur le podium de Paris-Tours avant de remporter la classique automnale, le leader de la Silence-Lotto reste sceptique. « Je ne sais pas si ça sera la même chose pour le championnat de Belgique mais j’espère au moins avoir le maillot tricolore un jour« . La nervosité a-t-elle joué un rôle dans cette course ? « Je ne le pense pas. Etre nerveux ne sert à rien. J’étais concentré sur ma course sans paniquer. J’ai juste demandé deux, trois fois à ce que l’équipe roule pour moi. L’ambiance était aussi très bonne car c’était à la maison mais le souvenir du départ du Tour de France à Londres en 2007 restera inoubliable. Maintenant, pour moi, ce sera du repos et encore du repos. J’ai déjà 57 jours de course dans les jambes… Avant le Tour de Wallonie et le Tour de Pologne, je vais aller à Monaco, vivre le Tour de France de mon balcon. Je verrai un peu le cyclisme d’un autre regard ».
L’autre wallon attendu se nommait Maxime Monfort. Récemment sélectionné pour le Tour de France au sein de la fameuse équipe Columbia, le Nadrinois a tenté tant bien que mal de bouleverser la hiérarchie en tête de la course. Malgré plusieurs attaques dans le final, il n’a pu s’engager seul vers la victoire. « La dernière attaque que j’ai entreprise, c’était plus qu’un baroud d’honneur car j’y croyais vraiment », expliquait-il à l’arrivée. « Ce n’était pas vraiment le cas au début mais quand j’ai vu les deux Quick Step qui étaient fatigués en tête du peloton, je me suis dit qu’il fallait tenter et que la Silence n’allait pas faire la poursuite. Le but était aussi de faire bouger les choses car si cela se finissait au sprint, c’était soit pour Boonen, soit pour Van Avermaet, soit pour Gilbert. Mais je ne suis pas déçu car il aurait fallu des circonstances exceptionnelles pour que je gagne ici. C’est tout de même de bon augure pour le Tour de France car les jambes se mettent bien en place ». Les Belges attendent en tout cas Monfort, 23ème pour son premier Tour de France en 2008.
Seul représentant de la Rabobank, Nick Nuyens s’est souvent montré aux avant-postes afin de ramener un titre de champion sous l’escarcelle de la maison néerlandaise. Le dernier tour aura été celui de l’ultime chance pour le coureur « oranje » qui a finalement cédé dans le sprint massif. « Le sommet de la côte était trop loin de l’arrivée et en plus, il y avait une ligne droite avec vent de face qui ne convenait pas aux attaquants. C’était donc très difficile d’attaquer », affirmait Nuyens. « En plus, j’avais chaque fois des équipiers de Gilbert ou de Boonen avec moi… J’ai essayé de faire la sélection dans le dernier tour mais je n’arrivais pas à me défaire des favoris. Cela aurait-il été avec un équipier en plus ? Evidemment, ça aurait été mieux mais aujourd’hui, je devais me satisfaire de la situation. Je savais que ce serait compliqué de gagner ».
Enfin, la surprise vient du jeune Sébastien Delfosse, sociétaire de la formation Landbouwkrediet. Considéré comme un des protégés de l’équipe continentale au départ de l’épreuve, il a assuré son statut avec justesse et se classe finalement douzième à l’arrivée. Une belle consécration pour le Liégeois. « Je ne pensais pas que cela allait être si dur ! », criait-il à l’arrivée. « La succession des bosses m’a fait horriblement mal même si j’avais la condition et la motivation. Les supporters me portaient aussi, ça m’a fait énormément plaisir. Dans le final de la côte des Crétalles, j’étais chaque fois lâché mais je parvenais à remettre du braquet dans le faux-plat qui suivait pour revenir dans le bon coup. Je ne m’attendais pas du tout à me retrouver dans une telle position et je sais que j’ai encore des étapes à franchir. Je tiens tout de même à remercier tous mes proches et l’encadrement de Landbouwkrediet pour leur confiance ».
La chute de Bert De Waele l’a en tout cas aidé à se montrer en tant que leader. « Je savais que j’étais un des protégés de l’équipe malgré la poisse qui m’avait poursuivie lors du Tour du Luxembourg (NDLR : il avait crevé à plusieurs reprises dans trois étapes). J’étais leader avec Bert [De Waele] et je suis un peu déçu pour lui vu ce qui s’est passé ». Quant à la course en tête, Delfosse a un avis tranché. « Je pense que Gilbert et Monfort étaient les deux plus forts aujourd’hui et ils connaissaient très bien le parcours en plus. Mais avec la longue descente dans le final, c’était mission impossible de finir seul sur la ligne ».
Photos : Robert Genicot-Grégory Ienco/CyclismeRevue.eu






